Affaire Cahuzac. Les options de sortie de crise prévues par la République.

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La France rattrapée par son hypocrisie légendaire et son ambiguité vis-à-vis de l’argent.

L’expression « société du spectacle » nous vient de Guy Debord dont la BNF expose « l’art de la guerre » du 27 Mars au 13 Juillet. – Je ne peux que conseiller à tous d’aller voir cette expo.  »

Guy Debord fut avant tout le stratège d’une guerre de mouvement contre les faux-semblants de notre société, dont il démontra très tôt et très précisément le mécanisme pervers (La Société du spectacle, Éditions Buchet-Chastel, 1967) indique le texte de présentation de l’expo.

En parcourant quelques articles, j’ai retenu un modèle de cela dans un commentaire attribuant des points aux acteurs politiques : la dissolution à Marine Le Pen. Le remaniement à Jean-François Copé, qui une enquête parlementaire à l’UDI de Jean-Louis Borloo, une loi de moralisation de la vie publique à François Bayrou, la démission de l’exécutif à Christine Boutin.

Ca fait joli et ramassé tout cela. Sauf que ça fait aussi distribution de prix. Voire comptage de coups de poings.

Le sujet est très grave pour faire un tel exercice qui obéit à la loi du spectacle.

Je m’explique. A partir du moment où on introduit de la parcellisation dans une thématique globale, on fait dans le spectacle et on en réduit la portée. Dire que la dissolution est demandée par Marine le Pen et elle seule, fait sourire. Il y a des choses qui appartiennent à tous et ce qui est singulier.

La dissolution, le remaniement et la moralisation de la vie publique ont été demandés par tous et, pour ce qui concerne la moralisation de la vie publique, c’est Jospin qui en est le Père. Il faut restituer la mémoire et la traçabilité des choses et « rendre à César ce qui appartient à César ». Sinon, on entre dans le domaine des professionnels de la récupération, façon Marine, experte sur les récup de tout, et on entérine le règne des imposteurs et des faussaires. Toutes choses qui perturbent et bousculent la République. Même qu’une enquête de Libération montre que les Français sont en perte de repères identitaires, déboussolés. Cette société du spectacle qui applaudit tout et son contraire y compris ses démons et ses faux-semblants y est pour quelque chose.

S’agissant du FN, il faut savoir : soit c’est un parti raciste et haineux et il ne mérite aucune louange, surtout dans le genre récupération de tout ce qui traîne dans l’espace public et participation aux ouvertures de comptes en Suisse avec une défense pour gogos :

« l’ouverture des comptes en Suisse n’est pas interdite, c’est son usage qui est en cause dans l’affaire Cahuzac » (Marine le Pen)

pour blanchir le fait que ce soit une proche du FN qui ouvre un compte pour Cahuzac en Suisse. On comprend alors pourquoi Marine le Pen a appelé à voter pour Hollande. C’est effectivement très grave que le PS et le FN trafiquent en douce et en catimini. On sait tous à quoi équivaut l’ouverture d’un compte en Suisse : au détournement des fonds publics et à l’évasion fiscale des fonds privés. Personne n’est dupe. Par conséquent, l’ouverture d’un compte en soi, est déjà un acte frauduleux, qui plus est, en bande organisée PS/FN.

Lire. De l’AFP. « Affaire Cahuzac:le PG dénonce les « aboiements de Marine Le Pen », « caniche fidèle ». 

La France des politiciens et des médias devra choisir, soit le FN est fascisant, soit il ne l’est pas. S’il l’est, pas besoin de l’encenser, y compris en lui attribuant des positions qui ne lui appartiennent pas. S’il ne l’est pas, alors, il faut arrêter de geindre lorsque le Front fait un score important aux élections, car adoubé par les médias irresponsables et préoccupés d’abord par le Spectacle, y compris au détriment de la République et du danger du vote FN.

L’hypocrisie doit avoir des limites : il y a une marge entre la censure et la promotion excessive du FN.

De la même façon, dire que Copé a demandé le remaniement sans indiquer ce qui était véritablement authentique « la faillite de la chaîne de commandement » qu’il a épinglée, c’est une information a minima, c’est-à-dire celle qui privilégie les lieux communs à l’authenticité de l’homme politique. « La chaîne de commandement », c’est beau et c’est fort. Ca dit clairement les choses et les responsabilités. Qu’un journaliste échappe à cette information essentielle pour parler de remaniement est éclairant sur les motivations profondes : pourquoi taire l’essentiel pour dire le superflu et le tautologique ?

Finalement, il n’y a que « l’enquête parlementaire » exigée par Borloo qui en ressort comme information authentique et même comme information tout court, dans l’exemple que j’ai retraduit ici. Enquête parlementaire ? N’est-ce pas le rôle de la Justice ? Et la séparation des pouvoirs alors ? Je m’interroge.

Les questions soulevées par l’affaire Cahuzac sont graves. Il faut sortir des chemins balisés de la société du spectacle.

Les options de sortie de crise prévues par la République.

Dernières nouvelles dans le Journal Le Monde. Le trésorier de campagne de François Hollande a investi aux Caïmans. Quelle coïncidence ? Mince alors ?

J’ai été agréablement surprise hier avec ce texte des Verts :

Opération de salubrité républicaine.

Pognon camouflé, pharmacie, mensonges et biodiversité en politique Monsieur Jérôme Cahuzac a donc menti à ses chefs et à ses pairs. C’est mal.

C’est encore plus mal d’avoir dissimulé des revenus à l’étranger quand on était censé, dans l’opposition d’abord puis au gouvernement, combattre l’évasion fiscale.

Mais le clou du clou pourrait bien être d’avoir profité d’un passage dans un cabinet ministériel pour traficoter avec des lobbies pharmaceutiques jamais avares d’un petit ou d’un gros cadeau à ceux qui décident… Puis amassé dans les années suivantes un magot planqué en Suisse. Cette affaire est au fond significative d’une dérive qui dure depuis trente ans à droite comme à gauche.

A gauche, c’est le mitterrandisme, calamité majeure du socialisme français, qui a au fond ouvert les vannes : culture du fric et de la puissance, valorisation sans nuance de la réussite personnelle quelle que soit son origine, mélange des genres public/privé, alliances entre les technocraties clonées de l’Etat et les professionnels bien typés de la profession politique, apologie des moyens au détriment des fins, finasseries et renoncements élevés au rang de grand art.

Cette vision et cette pratique (par ailleurs obscène) de la politique ont ainsi laissé passer dans les mailles de la sélection des cadres dirigeants, une certaine catégorie d’aventuriers qui pensent que tout leur est permis et l’impunité forcément garantie.

Elles ont terriblement appauvri la biodiversité politique, éloigné de l’engagement civique des pans entiers de la société, tous ceux en fait qui ont une autre trajectoire professionnelle que la pratique exclusive de l’interne des partis.

Si on veut limiter les effets du « tous pourris », cette chaîne avérée de félonies appelle des réponses fortes :

- La vérification en premier lieu qu’il n’y a pas d’autres cas du même type et aussi que le circuit ainsi mis en évidence n’a contribué à aucune activité politique.

- Le renforcement des règles (et des contrôles) concernant le lien personnel entre les dirigeants politiques et les groupes d’intérêt.
- In fine, une reforme institutionnelle profonde qui contribue à l’aération des responsabilités dans la gouvernance du pays : non cumul, proportionnelle, réforme des grandes écoles et des grands corps de l’Etat, renforcement des contre-pouvoirs et du débat public, indépendance de la justice.

Aller au-delà du fait divers, se porter aux causes qui menacent la démocratie dans son ensemble, c’est désormais une opération de salubrité républicaine.

Monsieur le Président et monsieur le Premier ministre, nous comptons sur vous pour vous y engager.

Jacques Archimbaud Secrétaire national adjoint d’Europe-Ecologie Les Verts

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