L’UMP devrait se préparer à l’éventualité d’un nouveau RUMP. Les tournoiements de Fillon.

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Billet politique anticipé de deux jours, car on se retrouvera lundi. Voici donc de quoi « hanter » ; je préfère « envoûter » votre week-end. L’envoûtement a quelque chose qui s’apparente aux volutes de fumée qui dansent sous vos yeux embrumés par une sorte d’assouvissement voire de flottement nirvanesque. Ces volutes de fumée qui s’étirent jusqu’au plafond où elles s’étalent avant de fondre, ne sont pas une illusion d’optique, du type que vous pouvez avoir lorsque vous êtes en transe. C’est quelque chose de bien réel, à bonne distance de vous mais qui vous interpelle sans cesse jusqu’à l’hypnose. Et, à force de les regarder, vous commencez à lire des histoires et à y poser des visages. Mettons que cette fois-ci, parmi les choses vues et les histoires racontées, il y a les tournoiements de Fillon.

Ah Filllon ! Il faut le suivre. Un, il n’a pas son pareil au double jeu et au double langage.

Avec Sarko qu’il encense aujourd’hui, alors qu’il ne rêvait que de le tuer au moment des présidentielles et, d’après ce qu’on voit, durant le quinquennat Sarkozy, il se positionne comme son alter ego, les deux seuls légitimes à la candidature.

« S’agissant du projet de 2017, nous sommes tous sur la même ligne de départ. Si Nicolas Sakozy était mieux placé pour porter ce projet, je m’effacerais mais l’inverse doit être vrai » (Atlantico)

En résumé, ce sera lui ou Sarko. Fillon a donc déjà fait les primaires de 2016 à l’UMP et il a les résultats. Magiques. C’est normal, il croit que la puissance provient de l’institution et se fout du peuple et des militants ; en fait celui-ci n’a qu’à se soumettre et à la fermer. Des relents dictatoriaux à peine camouflés.

Car, que fait Fillon ?

Il fuit la Mairie de Paris au prétexte que :

« Je ne veux pas qu’on se serve de cette élection pour aller vers une autre élection. Les Français ne veulent plus du cumul des mandats. C’est une politique d’un autre temps. Paris mérite une personne avec un vrai projet » .

Sur le cumul des mandats, le combat a déjà été mené par d’autres – lire ici, cumul des mandats, alors que l’ex PM avait 5 ans pour y mettre fin, mais il n’y a même pas fait allusion, car institutionnalisé jusqu’à la caricature.

S’agissant de la propension à se servir d’un mandat comme tremplin pour un autre, qu’a-t-il fait en se présentant à la présidence de l’UMP tout en venant fraîchement d’être élu Député à l’Assemblée nationale sinon se servir d’une élection pour aller vers une autre ?

Qu’envisageait-il de faire pour la suite, sinon que de se servir de cette élection à la présidence de l’UMP pour gagner sur un fauteuil les primaires présidentielles à l’UMP ? Fidèle en cela, à sa stratégie de doublement des adversaires, sans laquelle il ne peut remporter aucune élection. Ni les législatives à la Sarthe, ni toutes celles à suivre.

Du coup, il se projette en 2016 pour échapper à un double criterium des primaires de la présidence de l’UMP et des présidentielles.

Pour mieux se camoufler, il fait déjà son casting qu’il veut imposer comme résultat des primaires. NKM à la Mairie de Paris, pour pallier à son forfait. Lui-même et NS aux prochaines présidentielles. L’UMP, il la laisse à ceux qu’il considère comme des sous-fifres.

Sauf qu’on ne reconduit pas une équipe perdante et multiperdante, s’il vous plaît, aussi aisément et sans combattre.

Caché sous l’ombre géante de Sarkozy, Fillon attendait son heure pour dévoiler son vrai visage. Et ce qu’on voit n’est pas beau du tout.

On voit à travers les volutes de fumée :

- un homme qui s’accroche à un monde qui se dérobe sous ses pieds ; un monde où on pensait que le pouvoir usurpé devait le rester et tous les agents qui le cautionnent avec. Les armes de ce pouvoir ? La force, l’usurpation, la préemption, le mépris, l’écrasement (cf l’affaire du vol du slogan « force républicaine » dont on espère qu’il aura l’obligeance de rendre à César ce qui appartient à César et le crime symbolique : l’Oedipe (voir en conclusion).

- un manque de courage pour affronter les élections où il sera battu à plate couture et, la peur au ventre, il saute les étapes que le parti est entrain de construire et a annoncées. Fillon est un homme des coups d’Etats. Comment expliquer qu’après les accords passés en vue d’obtenir une direction collégiale, tout ceci avec respect de son rang et de son titre, le même Fillon grille le protocole accepté et s’assied sur sa parole donnée d’une paix signée et négociée par lui-même et sous ses conditions, jusqu’en Septembre ? Sachant qu’il pourrait perdre, il fuit et entame sa course en solitaire. Son échappée solitaire, son cavalier seul devrais-je dire, pour reprendre une métaphore cycliste est très révélatrice.

L’UMP doit se préparer à une résurgence du RUMP, probalement même que Fillon et ses amis sont entrain de préparer un coup encore plus diabolique : créer leur propre mouvement après Septembre où le Président élu de l’UMP aura toute la légitimité pour s’exprimer et Fillon un peu moins. Ce qui veut dire que les Fillonistes tous présents à son meeting de mardi à la Mutualité et membres du socle opérationnel et/ou de la direction collégiale de l’UMP sont des sortes d’agents- double chargés de dynamiter l’appareil de l’intérieur en y posant des bombes à retardement qui exploseront, probablement avant 2016, pour ouvrir la voie à leur ’champ’ (prononcez en anglais comme dans la publicité où on voit Kobe Bryant et Messi).

Evidemment, l’UMP ne doit pas se laisser surprendre, car entre 2014-2016, si une telle opération venait à se produire, il faudrait d’ores et déjà envisager la contre attaque. A-N-T-I-C-I-P-E-R l’opération D-I-A-B-O-L-I-Q-U-E.

Question. A l’allure où va Fillon, s’il perd, il se suicide ? Faudra-t-il que les pompes funèbres se tiennent prêtes également ?

Bien sûr tout homme est libre, mais lorsqu’on fait partie d’un collectif, on se range au service de cette collectivité. Ensuite, on respecte le calendrier collectivement acté et on joue collectif de temps en temps. On ne double pas les amis, un peu comme NKM l’a fait envers Borloo, alors qu’elle n’a A-U-C-U-N-E chance de gagner Paris devant Anne Hidalgo. Franchement, ce n’est pas pour dire, mais Marine l’attend au tournant de pied ferme et là…

Borloo avec l’UMP, avait une réelle chance, à défaut de Fillon. C’est clair et net. Ce qui ne veut pas dire que NKM ne doit pas concourir aux primaires, ni que les miracles ou les surprises électorales ne sont pas possibles.

Ceux qui poussent abusivement derrière jouent avec les cartes du passé et j’allais dire du passif, pour réconcilier définitivement Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterand s’accusant mutuellement « d’homme du passé » (Giscard à Mitterand) et « d’homme du passif » (Mitterand à Giscard).

il s’agit tout simplement, encore une fois, d’être réalistes sur ce qu’on peut proposer et sur la crédibilité qu’on peut vous accorder, de jouer et de penser collectif et de viser la victoire du collectif sur sa publicité personnelle. Et ceci ne passera plus uniquement par les discours, les réunions publiques et les opérations commandos du style RUMP voire des manoeuvres confiscatoires dans le genre direction collégiale ou encore socle opérationnel, malgré le respect dû à Copé à qui je fais un clin d’oeil amical. Ca c’est pour se détendre un peu dans la lecture.

Quant à la rivalité de NKM avec Dati, qui ne voit que NKM a terminé avec Sarko presque tout seuls à deux, dans un jeu de miroirs troublant. Aurait-elle été la dernière maîtresse du Boss ? L’intuition d’une femme (Dati) trompe rarement. Il est donc normal qu’elle réagisse ainsi. C’est toujours la séquence détente.


A propos des primaires.

Maintenant que l’UMP a acté les primaires, il ne faut surtout pas qu’elle fasse marche en arrière, sauf cas d’accord interpartisan avec l’UDI. Les primaires à la Mairie de Paris doivent avoir lieu, quoi qu’en pensent les putschistes de l’intérieur. Celles de la présidence de l’UMP également tout comme celles des présidentielles. Maintenant que Copé s’est fait avoir jusqu’au bout – la conciliation n’était pas la bonne approche ; il fallait de la réactivité et introduire les militants en arbitres immédiatement. Mais on ne va pas revenir en arrière ; maintenant qu’il sait qui est qui, alors il ne faut pas tergiverser sur les principes démocratiques et éviter un retour en arrière vers les positions institutionnelles agitées en guise de boucliers, nonobstant les résultats. Il en va de la crédibilité du parti et de cette nouvelle vie qui implique les militants et les sympathisants dans la décision.

Mais restons aux primaires et convoquons l’exemple récent des Etats-Unis.

Côté Républicain, il a fallu un an pour départager un aéropage de candidats. Comment s’est fait la sélection?  Bien entendu des débats et le vote des sympathisants et des militants du GOP étaient les passages obligés.

Le racisme a eu raison de Herman Cain. L’un de ses rivaux s’est servi de sa maîtresse de 13 ans pour le déboulonner. C’était un bon candidat qui avait le tort de n’avoir jamais été élu. Eh oui, même aux Etats-Unis, ça compte, la dimension électorale…

La Gauche a manipulé les votes en se faisant passer pour sympathisants. Elle a ainsi éliminé les candidats les plus dangereux et les plus offensifs.

Les médias ont retenu le plus institutionnalisé de tous ces institutionnels : celui qui avait été gouverneur et est un richissime ciré, Mitt Romney, au détriment de deux jeunes prometteurs dont le finaliste Santorum qui était trop pratiquant et contre le mariage gay et cela l’a perdu. Hollande a été plus malin : il a été pour direct. Il a dit Oui. Direct.

Du côté des Démocrates, il n’y a pas eu de primaires, car Obama avait un bilan positif et était candidat de nouveau. La règle :  lorsque le sortant est candidat, il n’y a pas de primaires a été respectéeCette règle a permis à Sarko de se représenter en 2012. Il était légitime à cela. Il était difficile de faire autrement. L’idée qu’un Juppé ou Fillon pouvaient faire l’affaire était très aléatoire. Ils étaient tous cautions solidaires de Sarko, en tant que Ministres. Au nom de quoi auraient-ils été plus légitimes que le Boss lui-même à défendre son bilan que ni lui, ni ses lieutenants n’ont d’ailleurs défendu, jusqu’au débat fatidique. Raffarin l’a bien rappelé il y a si peu. Malgré tout, Sarko restait le meilleur candidat de la Droite Républicaine en 2012.

C’est ici que se pose la question de son retour. S’il revient, alors qu’il a perdu, chose non encore vue aux Etats-Unis, cela impliquerait la suspension des primaires et l’alignement de tous derrière lui. C’est le souhait de Fillon pour couper l’herbe sous le pied de Juppé, Copé, Le Maire ou tout autre candidat à l’UMP. D-I-A-B-O-L-I-Q-U-E. C’est donc Sarkozy pour lequel il est prêt à s’effacer ou LUI. Point. Ils sont prévenus à l’UMP. Les primaires pour les présidentielles de 2016 sont mort-nées. Coup d’Etat médiatique.

Je m’adresse aux militants et sympathisants de l’UMP et à tous les Citoyens de France : de grâce, ne laissez plus jamais ceci se reproduire. Cette confiscation du pouvoir par les mêmes incapables à changer quoi que ce soit lorsqu’ils sont au pouvoir et qui retrouvent les idées lorsqu’ils n’y sont plus doit cesser. C’est le message des Italiens qui ont barré la voie à l’éternel revenant : Berlusconi, véritable vampire et fossoyeur de la politique Italienne. Pendant que j’y suis, le slogan volé « force républicaine » résonne étrangement comme « forza Italia ».

Le retour de Sarkozy est compliqué et problématique. Il verra comment faire. Il est grand et vacciné. Mais, le temps peut jouer en sa faveur. 2014-2017, il peut s’en passer des choses.

 

Jeu collectif

Fillon n’a rien compris au jeu collectif. Il devait y aller pour faire gagner l’UMP à Paris. C’était son Job. On ne choisit pas toujours dans la vie. Il devait se sacrifier cette fois-ci. Personne n’a dit qu’il y allait pour se présenter deux ans plus tard à la primaire de 2016. Fillon a été PM et il n’a rien fait, que fera-t-il de plus ? S’il répond comme la Gauche, c’est la faute de Sarko qui ne me laissait pas m’exprimer, c’est encore pire, car le courage voulait qu’il démissionne, dans ce cas. Son tour aux commandes de l’Etat est passé. Il a eu sa chance et n’en a pas profité. Exit.

On va terminer avec deux métaphores :

Métaphore cycliste. L’échappée solitaire. Quels scénarios possibles ?

- L’échappée réussit et Alléluiah ! C’est rare et tous les amateurs de cyclisme le savent. Ils savent qu’on y laisse trop d’énergie inutilement.

- Le coureur solitaire fait une sortie de piste

- Et derrière, à 10-20 kms de l’arrivée, le peloton commence à s’étirer, la course poursuite s’organise et on remonte sur le coureur solitaire

- Immanquablement, le peloton fait pack et on va chercher le coureur qui s’est emballé trop tôt.

Fillon n’échappera pas aux primaires à moins qu’il ne crée son parti bientôt. Ce qui n’est pas à exclure.

L’Oedipe.

Fillon c’est un peu l’enfant qui a deux pères : le père légitime, Philippe Séguin et le père naturel, Jacques Chirac. Lorsque ce dernier l’a sorti de son gouvernement – Eh oui – Fillon s’est senti humilié et a basculé en Sarkozie qui l’a adopté. Fillon est un enfant qui a fugué et a été récupéré dans la rue politique par Sarko.

Le problème c’est qu’avec Sarko, le père adoptif ne lui a jamais laissé de place et la haine s’est installée. Puis la jalousie. Puis l’envie du meurtre et le complot s’est mis en place, au cours de la dernière année de gouvernance : il n’y a qu’à voir comment tous les ministres du gouvernement Fillon, en dehors de Juppé, le suivent comme des moutons, comme s’ils y étaient contraints par un pacte de sang D-I-A-B-O-L-I-Q-U-E qui ne dit pas son nom.

Venir à la Mutualité, là où tout s’est terminé pour Sarko en 2012, est l’ultime défi à Sarko, un peu comme si on disait « le Roi est mort, vive le nouveau Roi ». Pourquoi à la Mutualité ? Qui a fait passer le relais ? Quand était-ce ?

Alors que je mets un point final à ce billet qui, comme tous les autres n’épuise pas le sujet, bien évidemment, vous allez me dire « tout ceci dans des volutes de fumée » ? C’est une très bonne question. Ce sont les « tournoiements de Fillon ». A lundi. Et bon week-end. Ne fumez pas trop. Idem avec l’alcool. Et roulez doucement sans tournoyer.

 

 

 

 

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