Après la CAF. « Le racisme et les matchs truqués rabaissent le foot » : Issa Hayatou à CNN.

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Le Nigéria a remporté la coupe de la confédération africaine, la CAF, dimanche en Afrique du Sud. Après la remise de la coupe à l’équipe victorieuse du Nigéria qui signe ainsi sa troisième (ou quatrième, à vérifier) victoire en coupe d’Afrique dont une contre le Cameroun, grand absent de cette édition et une autre contre le Ghana : deux poids lourds du foot en Afrique, CNN s’est entretenu avec le Président de la CAF, Issa Hayatou, président depuis des lustres dont le mandat est remis en jeu le mois prochain au Maroc. Personnage contesté, mais personnage qui a imprégné et fait l’histoire de la CAF au point que les deux histoires se confondent.

Ils ont parlé de racisme dans le football en Europe où les joueurs blacks se font insulter de « sale negro » dans les stades et de matchs truqués.

CNN. La coupe de la confédération africaine se termine et il n’y a eu aucun racisme. Que pensez-vous du racisme dont sont victimes les joueurs blacks en Europe ?

Issa Hayatou. Au 21ème siècle, entendre les joueurs Noirs se faire traiter de « sale noir » sur le terrain, simplement parce qu’ils prennent le meilleur sur d’autres joueurs blancs, c’est regrettable. Le sport doit unir les peuples, les pays et le monde. La FIFA doit se débarrasser du racisme dans le foot. Les amendes ne sont pas suffisantes, il faut plus.

CNN. Quoi par exemple ?

Issa Hayatou. Je ne peux pas le dire à moi tout seul. Même le président de la FIFA ne pourrait le dire sans une réunion préalable avec tous les membres. Il faut une décision collective.

CNN. Selon vous, les joueurs insultés ont-ils raison de sortir du terrain ?

Issa Hayatou. Il ne faut pas. Je comprends bien qu’entendre 14 à 15 000 personnes vous insulter depuis les tribunes est vexant et la première réaction est de sortir du terrain sous les huées. Ce n’est surtout pas ce qu’il faut faire. Il faut résister aux insultes et jouer encore mieux pour faire gagner votre équipe. C’est la meilleure façon de montrer aux insulteurs qu’ils perdent leur temps et que leurs insultes sont sans effet.

CNN. Du racisme ou des matchs truqués, qu’est-ce qui est pire ?

Issa Hayatou. Tous les deux sont mauvais, mais les matchs truqués constituent la pire des choses dans le football, car ce n’est pas le meilleur qui l’emporte, mais celui qui met le plus d’argent sur la table. En plus, ils dénaturent le foot et le jeu, puisque les joueurs de l’équipe adverse, ayant été contactés au préalable, ne fourniront pas leur meilleur jeu.

Score final de la finale de la CAF : Nigéria – Burkina. 1-0

Issa Hayatou est Camerounais.

La corruption dans le milieu du foot.

Pendant ce temps-là, Samuel Eto’o se plaint de la « corruption » et de « l’incompétence » de la Fédération Camerounaise et alerte sur le fait qu’on « veut l’éliminer » au point qu’un garde se tient devant sa chambre, lorsqu’il dort.

De ce que j’ai vu, la dernière fois que j’étais au Cameroun, Eto’o est un joueur vénéré et adulé au pays. Un jour qu’il passait sur une chaîne de télévision, affublé d’un conseiller sportif bien blanc et bien frenchy, venu au Cameroun pour l’occasion, journaliste sportif de son état, tous frais payés par Eto’o Samuel, le millionnaire flambeur et distributeur de montres Rolex à ses coéquipiers de l’équipe camerounaise, lors d’une édition de la CAN, ancêtre de la CAF, même les hommes d’affaires étaient scotchés à l’écran et exigeaient un silence monacal autour pour suivre le Dieu vivant. Dieu argenté cela s’entend, tant le Camerounais est corrompu par le fric, de la pire façon qui soit. C’est son talon d’Achille : le fric, rien que le fric, uniquement le fric. Peu importe comment on l’obtient. L’avoir vous vaut toutes les vénérations.

Et ce qui vaut pour le Cameroun vaut pour l’Afrique Noire. Sans exception.

Voilà où mène une société corrompue depuis la tête jusqu’aux pieds ; une société sans valeurs ; une société de l’argent roi et du m’as tu vu ; une société sans foi ni loi ; une société du désordre où la misère crue côtoie le luxe le plus insolent des nouveaux riches dont personne ne sait d’où provient exactement la richesse. Qu’il y ait des riches, là n’est pas le problème, mais que cette richesse soit le fruit de la captation de la richesse nationale en sacrifiant le peuple qui ne demande pourtant pas beaucoup, là est le sous-développement, là est le questionnement sur l’utilisation de l’aide au développement et sur le détournement des subventions de l’union européenne.

Hier, on parlait à juste titre d’immigration, nouveau canal de la pauvreté en Europe, il faudrait mettre tout ceci en rapport avec l’aide au développement. Lionel Jospin avait parlé de la « fixation des populations chez elles ». Je ne sais pas si on peut encore fixer les gens chez eux. Ce que je crois, en revanche, c’est qu’on leur donne la possibilité de choisir et de vivre dans la dignité et dans un univers structuré par un Etat de Droit. En ce sens, la première aide au développement est « l’établissement du niveau institutionnel », sans lequel, tout le reste est un puits sans fonds.

Pourquoi je parle de tout ceci qui semble éloigné du sujet ?

C’est simple. Un pauvre aura toujours du mal à se faire respecter chez les autres. La mondialisation est d’abord faite pour les riches. Il faut que l’Afrique et les Africains comprennent cela. Il faut que les dirigeants du monde du foot ou de la culture, les politiques ou les businessmen, les élites intellectuelles, etc… de l’Afrique admettent l’évidence : tant qu’ils ne développeront pas leurs pays, ils seront méprisés partout dans le monde.

La Chine l’a compris et l’Asie toute entière.

Les Arabes sont à la traîne, mais le Qatar et l’Arabie Saoudite, les Emirats dans leur ensemble sont en conquête.

L’Amérique du Sud suit le mouvement.

L’Afrique ou la Confédération Africaine doit suivre. C’était le combat et l’enseignement de Kadhafi . Cela sera son héritage à l’Afrique : on est respecté à l’étranger à hauteur du développement de son pays et de l’énergie qu’on y met à cela. Autrement dit, l’horizon de l’Afrique n’est pas en Occident. L’avenir des Africains n’est pas en Europe. Il est en Afrique. Le respect de ses ressortissants dans les stades à l’étranger suivra naturellement.

Didier Drogba, Samuel Eto’o et plusieurs jeunes commencent à le comprendre ; ils jouent pour les couleurs nationales de leurs pays d’origine où ils sont respectés à leur juste valeur et comme êtres humains. C’est bien. Très bien même. C’est l’exemple à suivre.

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