Le gouvernement américain poursuit Standard & Poor’s pour notation suspecte ayant entraîné la crise de 2008

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Obama second mandat. C’était écrit et attendu depuis Madoff. Les agences de notation prises à leur propre jeu donc.

Y aura-t-il finalement une recherche de responsabilités et des coupables de la crise financière de 2008 ? Ce deuxième mandat de Barack Obama semble en prendre la voie. Jusqu’à présent, tout s’est passé comme si seul Madoff était responsable de l’écroulement de l’ensemble. L’homme a été jugé et passera le restant de ses jours en prison.

Depuis hier, c’est au tour de S&P de faire l’objet de poursuites par le gouvernement américain. S&P pourrait être condamné à payer jusqu’à 5 milliards de dommages au gouvernement américain.

Voici ce que dit un article de CNN (Hong Kong). C’est la première fois qu’une agence de notation américaine est poursuivie. Standard & Poor’s a reçu notification officielle de Washington qu’elle fera l’objet d’une poursuite en justice sur ses notations imprécises – perçues avec le recul comme trop élevées par les analystes, par les législateurs et même par S&P elle-même – des investissements garantis par des titres hypothécaires qui ont finalement contribué à la crise financière de 2008. Plusieurs de ces investissements avaient reçu la note de AAA, une note qui implique une sécurité maximale et un risque mineur. Pourtant ceci a implosé sous la forme de l’éclatement d’une bulle immobilière

Au moment où S&P attend d’en savoir plus de la part du Département de la Justice Américaine, les agences de notation Moody’s et Fitch veillent en se demandant si elles ne seront pas les prochaines. Les raisons pour lesquelles c’est S&P qui ouvre le bal ne sont pas encore connues. Selon le New York Times, des pourparlers de règlement entre les agences de notation et le Département de la Justice ont échoué au cours des deux dernières semaines. L’article du NYT fait état du fait que les Procureurs auraient demandé à S&P de payer une pénalité d’un milliard de dollars et d’admettre qu’ils avaient enfreint la loi. Autrement dit, des aveux.

D’ailleurs, dans un communiqué, S&P indique que la plainte du Département de la Justice n’avait aucune valeur légale et était « sans fondement factuel ni juridique ».

Sans fondement factuel ni juridique ? La chose reste à prouver, car la bulle immobilière en est une d’irréfutable.

A PROPOS DES AGENCES DE NOTATION

Qui sont-elles ?

The « big three » sont Standard & Poor’s, Moody’s Investor Services et Fitch Ratings. Toutes sont originaires des Etats Unis, même si Fitch a deux sièges à New York et à Londres.

Que font-elles ?

Avant d’obtenir une carte de crédit, la banque fait un bilan de votre situation financière. C’est pareil avec les agences de notation qui font le bilan des sociétés, pays et produits financiers ainsi que des banques.

Les agences attestent leur capacité de paiement des prêts et d’investissements et, sur cette base, les note sur une échelle de AAA à D. Dans le cas des bonds des gouvernements, tout ce qui glisse vers BB+, comme cela a été le cas avec la Grèce frappée par la crise, est considéré comme « hautement spéculatif » ou comme un investissement à haut risque, dit « junk bonds » (pourris) dans le langage des marchés.

Pourquoi les agences détiennent tant de pouvoirs ?

Les investisseurs à travers le monde tiennent compte de la notation des agences pour juger où placer leur argent sur le marché. Pour la popularité des bons des gouvernements, les agences de notation détiennent beaucoup de pouvoirs. Le cash donné au gouvernement tel que la Grèce par les investisseurs se traduit à terme par un retour sur investissement, à moins que le gouvernement ne fasse défaut.

La dégradation de la Grèce par S&P par exemple indique que S&P pense que la probabilité de défaut de la Grèce est élevée. Cela crée une perte d’appétence pour investir sur les bons de la Grèce. Un situation qui, à son tour, met en danger la capacité du pays à réduire son déficit.

Comment sont rémunérées les agences de notation ?

Historiquement, elles ont été créés pour donner aux investisseurs une évaluation non biaisée des investissements possibles et sur cette base, les investisseurs paient pour accéder aux informations sur les notations/évaluations.

Cependant, dans les années 1970, les agences de notation ont commencé à faire payer les émetteurs des nouveaux investissements sur l’évaluation de leurs propres produits.

En 1975, les législateurs des Etats-Unis, craignant une dissémination des notations peu scrupuleuses, ont retenu Standard & Poor’s, Moody’s and Fitch comme les seules agences de notation que les banques et les parieurs pouvaient utiliser pour évaluer la valeur de leurs produits ainsi que leur solvabilité.

Néanmoins, depuis 2011, les régulateurs européens ont commencé à repousser la notation des agences américaines, leur reprochant d’ajouter à la volatilité de la crise de la dette souveraine par l’abaissement de la note des nations de l’eurozone à la peine – augmentant considérablement ainsi les taux d’emprunts.

Que reproche-t-on aux agences de notation ?

Ceux qui critiquent les agences se plaignent que celles-ci ont perdu de leur capacité à juger de façon indépendante le risque de certains investissements – en particulier à la lumière de la notation triple AAA donnée aux titres de créances hypothécaires qui ont implosé avec l’irruption du défaut des Etats-Unis sur les prêts immobiliers, déclenchant la crise financière de 2008. Les critiques notent également que les agences sont rémunérées par les mêmes entités qu’elles notent. Ce qui soulève des questions sur la fiabilité de leurs notations.

Les législateurs Américains et de l’Union Européenne et d’autres pays à travers le monde sont en train de revoir la régulation des agences de notation. De leur côté, les agences de notation, ont modifié leurs procédures et argumentent en leur faveur en disant que leurs avis ne sont que de simples opinions et doivent être considérés comme tels. Après, ajoutent-t-elles, la décision finale appartient aux marchés.

C’est comme les sondages donc. Une évaluation qu’il faut savoir décoder.

Message reçu 5/5 par les marchés. McGraw-Hill Companies, la société mère de Standard & Poor’s a plongé de 13,78 % lundi sur les marchés, après que les investisseurs aient appris que le Département de la Justice avait l’intention d’intenter un procès à S&P. Le prix de l’action de la société est tombé à son niveau le plus bas depuis le crash du marché boursier de 1987.

Les agences de notation prises à leur propre jeu aussi. Un second mandat d’Obama qui promet de faire la lumière sur ce triste épisode douloureux pour le monde – en particulier pour les Etats-Unis et l’Europe qui avaient perdu l’habitude de souffrir. Ailleurs, la crise faisait déjà partie du lot quotidien. Mais ceci est une autre histoire. Celle de la croissance ; celle des grands équilibres commerciaux et celle de la gouvernance.

Maintenant, vous savez tout sur les agences de notation.

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