Sujets du Bac 2014 : un académisme mortifère. L’Ecole de la schizophrénie.

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Autrefois, la philosophie partait du vécu pour le transcender par l’analyse. Aujourd’hui, la philosophie est embaumée dans les établissements scolaires. Le Bac est son sarcophage multiséculier.

Le Parisien publie les sujets du Bac. Tous les sujets concernant l’explication des textes sont consternants. Aucun élève ou très peu peuvent y arriver. Le propre même d’un extrait quasi ininterprétable hors connaissance de l’ auteur et de l’ensemble du propos. La mention  : « La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question » n’en est que plus aberrante.

Cette école déconnectée de la vraie vie et de la pensée en acte et in situ est ce qui décourage les élèves et les fait fuir. Elle manque de lien et de liant. Bien sûr, on n’oublie pas les affiliations des auteurs, mais tout de même.

Déjà pour Annah Arendt, depuis que Finkielkraut l’a imposée aux enseignants, on en a plein les coucougnettes.  Franchement, traiter du machinisme ou de l’automatisme aujourd’hui, c’est d’une ringardise sans pareil. Ca c’était au début du 20ème siècle ça, avec l’industrie de l’automobile  et la standardisation. Aujourd’hui, la standardisation n’est plus dans les machines ; même que ce rapport a perdu de son essentialité, ou disons plutôt de sa pertinence en termes de catégorie sensible. La thématique du machinisme est  totalement dépassée. Elle a eu du sens autrefois.

Puis Descartes, vu par la géométrie et l’arithmétique, c’est aussi dépassé. Le problème des  chiffres ce n’est pas la vérité, mais le Réel. Quelle est la différence entre la Réalité et la Vérité ? La Réalité est quantifiable et la vérité est d’abord de l’ordre du qualitatif. Pour arriver à la réalité, on a des mesures et le système des métries. Quant à la vérité, on active les logiques et La Logique. D’où la philosophie. Quelqu’un a uni les deux choses en disant que « la Vérité du monde c’était sa mesure ». Ce quelqu’un c’est Aristote. C’est vrai que l’introduction et la découverte de la perspective, signe caractéristique du Quattracento, – le siècle pictural puissant –  a mis cette formule en oeuvre et cela s’est traduit par des oeuvres tellement vraies qu’on a la sensation d’être spectateur des scènes réelles. La vérité des personnages, leur essence est restituée. La réalité de l’espace/temps aussi.

L’une des difficultés vient du langage : le vrai et l’exact se confondent. Il faut revenir à l’épistémologie et encore. Tout un chacun peut noter que la Bible, le livre qui dit la Vérité du Monde, ne comporte aucun calcul. Jésus parlait en paraboles et non en arithmétique ou en géométrie.

Ces concepts sont tellement à nuancer, qu’ils dépassent l’élève de terminale. A noter aussi que la Logique est un Calcul qui n’est ni géométrie, ni arithmétique, stricto sensu.

Puis Propper et sa critique du déterminisme physique, de l’automate donc, fait l’éloge de la créativité musicale dans ce texte. On comprend. Mais, franchement, où se loge la créativité aujourd’hui, avec le phénomène des corporations qui peuvent tout faire passer pour du grand art ou de la grande littérature ? Plus encore, avec le phénomène des remix et des compils voire le phénomène Guetta, d’une musique compulsive, pour une dance-show chaloupée accompagnée d’une haute dose de petites pilules extasiantes et que dire du phénomène des DJ et des reprises tous azimuts ? Plus encore, les nouveaux outils créatifs, smartphones avec outils de photo intégrés interrogent la créativité. Que devient celle-ci (la créativité) lorsque les machines deviennent  intelligentes et contiennent déjà une partie de la psyché humaine dans leur hardcore ? Reste alors le Mérite et le Génie personnel. Mais alors, il faut nommer les choses et puis, y a-t-il encore le Mérite aujourd’hui dans un monde où le porno a destitué l’Art Majeur ? occasionnant que les politiques courent derrière les reines du hard sexe ou du hard love, comprendre derrière « les adeptes des multipartenaires ».

Quant à savoir si les oeuvres d’art éduquent-elles notre perception ? C’est carrément virtuel. Qui regarde encore les tableaux des grands peintres aujourd’hui ? Pas les  élèves en tout cas. Ce qui éduque la perception des jeunes aujourd’hui, ce sont les nouvelles technologies : ordinateurs, lab top, téléphones, TV, les Sim’s – voir l’usage dans le générique de la coupe du monde -. Cette imagerie ( facebook, twitter et consorts) éduque plus la perception des jeunes aujourd’hui ? En faisant le lien avec Annah Arendt, la condition humaine aujourd’hui est une histoire du Vécu (*) et non du Rêvé. C’est la place même d’un Monde Rêvé, Idyllique et de l’Idéal qu’on aurait aimé voir interrogée.

(*) Dans son vécu actuel, l’Ecologie y tient une place très importante. La Refondation de la Démocratie et des Institutions. Le rapport à l’Etranger également et le Vivre Ensemble (affleuré dans ce sujet : « Pourquoi chercher à se connaître soi-même »). La place du Travail et de l’Emploi et son portable et sa télé. Lire notre texte d’hier sur la crise du politique : les enseignements utiles de Lévi-Strauss.

L’Ecole souffre d’un décalage mortifère entre son Idéal et Ambition Nobles contredites par le vécu des élèves et la Vraie Vie. En France le mal est pire. Schizophrénie en vue. Pour compenser, on offre le bac gratis. Peu importe l’épreuve qui sera ratée, dans la majorité des cas. L’important est de continuer à entretenir les vestiges d’une Ecole Républicaine Napoléonienne. Quand l’Ecole était la Reine des Institutions.

C’est grave Docteur ?

Oui.

Avant, l’Ecole était le modèle et son Excellence irradiait en le tirant vers l’avant et le haut, le reste de la société qui suivait le mouvement ascendant. De nos jours, l’Ecole et la société sont déconnectées. L’Ecole continue son chemin, sans se soucier du monde extérieur qui l’entoure. Pire, elle semble à la traîne. Quand elle veut se connecter, c’est pour obéir aux diktats de l’économie marchande. De cette distanciation de l’Ecole des sociétés, il s’en suit que les filières sont sans connexion aucune  avec la réalité de la demande du monde du travail, aggravant le fossé entre l’offre et les demandes d’emplois. L’apprentissage et la formation tout au long de la vie ne sont que des pis-allers, pour un mal plus profond. En d’autres termes, la formation continue ne peut venir à bout de toutes les insuffisances d’une formation initiale, enfermée dans son sarcophage antique.

Bac 2014 : découvrez les sujets de philosophie.

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