Welcome to New York. Quand j’entends « Film antisémite », je me rebiffe pour Antisémitisme de bon aloi.

Share Button

Dans le nouvel Obs, je lis ceci : DSK va porter plainte pour diffamation contre « Welcome to New York »  – alors, je suis allée voir et j’ai sélectionné cet extrait du forum qui reflète mes pensées sur la question.

Abcdef ghij a posté le 19 mai 2014 à 13h06

Facile maintenant !

Un film sort, qui déplait ? On l’attaque et celui qui l’a produit, réalisé, et bientôt les acteurs qui ont joué, pour anti-sémitisme. Demain, ce sera pour un film raciste anti noir, ou anti arabe, ou anti maghrébin !

Un autre bon moyen d’empêcher que les gens parlent, et le même moyen qui peut permettre, en fonction du tribunal devant lequel on est traduit, de faire rapidement, éventuellement, beaucoup d’argent !

Gayet a déjà gagné en 2014 beaucoup d’argent. Rien que parce qu’elle s’appelle Julie Gayet.

Effectivement, le fric hold-upé par la courtisane reste une insulte à la probité.

Pour le reste, sur un exhibitionnisme insupportable du corps de Depardiou qui ne ressemblerait pas à celui de DSK, je suis surprise qu’une telle remarque vienne de la part de quelqu’un qui siégeait au Musée Picasso et qui flirte avec l’art, depuis sa jeune enfance. Enfin… non seulement, on est ici dans le cadre d’une Représentation, mais en plus, il s’agit d’une reconstruction, voire reconstitution fictionnelle des faits. Dans la transfiguration, il y a plus que la figuration. Idem dans la transposition, on déborde les faits. Or, les Acteurs Géants tels que Gérard sont d’emblée dans la transfiguration. C’est énorme et si le trait semble grossi, ce n’est que pour renforcer et souligner avec encore plus de force la réalité. Comme je l’ai dit quelque part, « pour mieux se reconnecter, il faut savoir se déconnecter ».

Et Depardiou le dit à sa manière : « Pour bien s’échapper, il faut tout contrôler ». En clair, Depardiou contrôle et, qui dit contrôle, dit maîtrise. L’art n’est pas la réalité. Un film de fiction, n’est pas un documentaire. A moins de vouloir jouer les censeurs déplacés, un film de fiction est par nature inattaquable en Justice.

Mais peut-être faudrait-il revenir sur le Télérama (10-16 mai) qui en parle le mieux du travail de l’acteur Depardieu. Que Télérama me pardonne ces deux extraits qui suivent et qui sont éclairants à plus d’un titre :

Extrait 1.

Question Télérama. « Comment avez-vous travaillé le rôle de Devereaux ? En vous inspirant de Dominique Strauss-Kahn ? »

Depardieu. « Non, je n’ai révisionné aucune des images qu’on a prises de lui, et je n’ai rien lu. Sauf le descriptif qu’a fait le FBI des évènements. Le reste, de ses explications avec Claire Chazal à celles, récentes, d’Anne Sinclair avec Laurent Delahousse, m’a semblé truqué jusqu’à l’obscène. De toutes façons, on est souvent meilleur dans les rôles qu’on n’aime pas. On n’y est pas piégé par l’affect. En plus, j’ai horreur des personnages de fiction qui s’expliquent. Je n’aime pas qu’ils révèlent trop d’intimité. Je voulais surtout montrer le drame d’être traqué, puis inculpé. Qui qu’on soit. Montrer combien la chair peut être triste, aussi. Je n’avais pas besoin d’en savoir trop. J’ai rarement besoin d’en savoir trop ».

Extrait 2.

Question Télérama. Pourquoi avoir accepté le rôle de DSK, alors que vous aviez souvent répété que vous ne l’aimiez pas ?

Depardieu. Pas DSK : Devereaux ! Pour dire vrai, je  ne me suis pas précipité dans Welcome to New York avec gourmandise. J’étais même un peu dégoûté. Mais, ce n’est pas mon genre, non plus, de joueur les redresseurs de torts. D’autant que les hommes politiques sont rarement des modèles de vertu. Ils sont dans l’arrangement, la stratégie. Ils mentent constamment. Au point où en était Dominique Strauss-Kahn, à la veille sans doute d’être élu président, la lutte pour le pouvoir devient quelque chose d’inhumain. Exige de vous des comportements inhumains. Ses concurrents n’étaient peut-être pas plus vertueux que lui, et avaient quand même moins de charisme, non ? Je fréquente beaucoup d’hommes de pouvoir. S’ils veulent rester des hommes sans se renier, c’est impossible. Ce dilemme est fascinant à observer. C’est surtout ce qu’il y a derrière cette affaire qui m’a intéressé. La tragédie d’un homme au faîte de la puissance et piégé par ses pulsions, parce que ne les remettant jamais en question, trop sûr de lui. La tragédie intime d’un couple – elle sait et il sait qu’elle sait. La tragédie officielle de ce couple à la veille de prendre le pouvoir en France, quand tout s’écroule. Et comment nier que l’héroïne ait furieusement envie de devenir première dame, ce que Devereaux lui reproche, comme la manière dont sa belle-famille est devenue riche. On entre dans Shakespeare…

Quand vous lisez ceci, vous vous dites que la Justice va devenir kafkaïenne : comment juger un acteur en acte ? En le renvoyant à son Jeu, à son Talent à ce qu’en pensent les spectateurs, ou au ressenti des personnages dont le film s’inspire ? Comment juger le caractère diffamatoire d’une oeuvre fictionnelle ? On en revient au commentaire d’ouverture de cet article (voir au début).

Sur la constitution de certaines fortunes miraculeuses

Au moment où nous parlons de l’enrichissement suspect de certains, du temps du nazisme et de l’époque coloniale et, au moment où la France a  reçu un cadeau fiscal de la Suisse qui lui a rapatrié l’argent des Français qui dormait dans les banques Suisses et y travaillait pour le compte de la Suisse, – merci qui au passage ? A World Class – mais passons. A la croisée d’un double questionnement : origine des enrichissements et traçabilité de l’exil fiscal à retourner dans les pays d’origine et l’Afrique doit suivre, il est surprenant d’entendre dire qu’une telle quête, un tel besoin de vérité est antisémite et exclusivement cela. Il faudra trouver autre chose que la diffamation.

Alors, DSK a-t-il violé Nafissatou ? Oui ou Non ?

Personne ne saura vraiment jamais la vérité, car les révélations du Carlton de Lille ont jeté un sérieux doute sur l’innocence de DSK, et si les juges ont disculpé DSK, ce n’était pas au regard de l’accusation en soi, mais grâce à une circonstance extérieure : Nafissatou aurait menti au service de l’immigration ; par conséquent, c’est une menteuse. J’ai envie de dire, DSK a été sauvé par le gong. Cela laisse la place ouverte à toutes les spéculations et à toutes les fictions qui ne sont que « pure coïncidence avec les événements réels ». Avertissement de chaque film.

photo cest pas magieAnecdote Ivoirienne

En parlant de non-ressemblance, voici une anecdote. En Côte d’Ivoire, une femme s’est rendue chez un photographe pour se faire tirer le portrait. Une fois le résultat sous les yeux, elle s’est exclamée en disant « mais cette photo est laide, ce n’est pas moi ça ». Le photographe lui a alors répondu « Mme, photo, c’est pas magie ». Les Ivoiriens ont l’habitude de manger les articles « le » ou « la » et leurs formes plurielles.

« Photo c’est pas magie » voulait dire, si vous n’êtes pas jolie, la photo ne pourra rien faire de plus. C’est toujours surprenant de se voir en photo. Lorsqu’il s’agit de son partenaire, le temps de l’amour fait qu’on ne voit pas les défauts du corps. C’est après, qu’on se dit, mais, il n’était pas comme cela.. sinon, je n’aurais pas pu l’aimer. Et pourtant, si, il était bien ainsi.  C’est que l’amour sublime son objet et l’idéalise. Dès que tout ceci retombe, eh beh, la magie s’en va.

Tout ça pour dire ceci à DSK et à Anne Sinclair : la Justice, c’est pas magie.

FranceTV Info
Alerte info Lundi 19 mai  |  08h43
Dominique Strauss-Kahn porte plainte pour diffamation contre le film d’Abel Ferrara

Dominique Strauss-Kahn va porter plainte pour diffamation à l’encontre du film d’Abel Ferrara,Welcome To New York, a annoncé son avocat, Me Jean Veil, lundi 19 mai sur Europe 1. L’ancien directeur du FMI serait « effrayé et écœuré » par ce film, « du fait des accusations de viol, des insinuations ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*