L’Eglise est-elle plus politique que militante ? France 2 : un prêtre fait son coming out.

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Mardi soir, France 2 a offert une soirée somptueuse : un documentaire sur Clémenceau de  Stéphane Bern suivi de deux émissions sur l’Eglise et la foi.

Clémenceau, le « Tigre au grand coeur », excellent rendu avec un Bern qui a mis en pratique les leçons de partage de la parole entre lui et les Historiens. On voit que certaines choses commencent à passer et c’est tant mieux, car, au final, c’est meilleur. Clémenceau qui n’est pas devenu Président, à cause du jeu des combines des partis politiques ou l’addition des médiocrités et des comploteurs de l’ombre qui lui ont préféré l’un des leurs. C’est dire si la médiocrité en politique en France a de qui tenir. Ceci répond au souhait de Hervé Morin qui avait plaidé en faveur de ce système d’élection du Président de la République, par les élus, pas toujours nets – intellectuellement parlant – pour ne pas dire à la pensée politique totalement corrompue.

Cela me fait penser à JF Copé annoncé à la Maison Blanche pour y être reçu par les Conseillers de Barack Obama. Mr. Copé est pourtant le chantre du verrouillage politique, puisque l’UMP est verrouillé. Mr. Copé, je l’ai testé, car j’ai toujours ma carte de l’UMP, prise au moment de l’élection présidentielle pour soutenir Nicolas Sarkozy. Je l’ai reprise, c’était ma façon de participer au Sarkothon. Je ne vais pas la reconduire. L’UMP est aussi sectaire que le PS. A l’UMP, la guerre des deux chefs a une et une seule origine : aucune tête ne doit dépasser celle du Chef et il n’y a pas de place pour toute personne susceptible de faire de l’ombre au Patron. C’est le signe même des Chefs faibles, car, un patron fort s’entoure de personnalités fortes. C’est ainsi que le team se renforce. Celui qui n’a pas une telle vision affaiblit et la structure et le collectif. C’est ce qui frappe l’UMP de plein fouet actuellement.

L’organe est bloqué : aucun renouvellement, reconduite et protection des éternels protégés, pensée zéro, positions garanties à vie,… au final verrouillage. Lorsque J.F. Copé a lancé son idée morte née de « Révolution Civique », il est allé chercher une ex ancienne UMP pour la diriger. Bilan : des mesurettes déjà appliquées par ailleurs par les associations et de longue date. On a redecouvert l’eau chaude à l’UMP. Je lui avais alors suggéré ici-même (scenepublique.com) de faire de l’UMP un véritable laboratoire politique ; suggestion à laquelle il a opposé un silence assourdissant et un aveuglement mortel. Résultat : l’UMP est atone, manque de crédibilité, de souffle, d’énergie et d’élan. On déclare sur tous les toits que le nombre d’adhérents en fait le premier parti politique de France et que 66% d’entre eux (selon les sondages) placent Nicolas Sarkozy en tête des personnalités de l’UMP pour la présidentielle. Echec donc.

Etre le premier parti politique de France ne vaut pas majorité des Français. Beaucoup d’électeurs n’étant même pas encartés et, entre les deux tours, il y a des transferts de voix imprévisibles. Bref, Copé s’est éliminé lui-même de la présidentielle 2017. Sa faute, s’être comporté comme les hommes politiques du temps de Clémenceau. Ironie du sort : il apparaît dans le documentaire. Le temps est assassin. Donc, la messe est dite.

Un UMP, à la tête d’une structure raciste par ailleurs, va faire quoi à la Maison Blanche, je me le demande ? Il faut être cohérent et arrêter les faux-semblants et de jouer avec tout et de se jouer de tout.

Suis-je une Copéiste déçue ? Non. Le temps de la déception est passé depuis longtemps pour moi. Je suis dans le réel et je m’ajuste très rapidement. Cela me permet d’aller vite. Je dis toujours, il faut suivre. Et je prends le temps nécessaire pour que personne ne rate quoi que ce soit de significatif. C’est dommage pour Copé, car il n’a pas su sortir de la routine de la captation des pouvoirs. Du coup, il coule ; Fillon avec, car pas loin de jouer le verrouillage institutionnel avec les mêmes has been qui rôdent, tels des loups qu’aucune quantité de sang ne pourra jamais assouvir.

Alors Nicolas Sarkozy ? C’est très compliqué. On garde de lui l’image de ce qu’a fait Copé, à la tête de l’UMP qu’il va probablement couler, si les choses continuent leur pente glissante vertigineuse. A ce jeu, Fillon est un grimpeur. Il connaît la cordée eh eh… Et il sait qu’on remonte seul sans se lester des poids lourds et morts. Bien Nicolas Sarkozy, l’ex président jouit toujours d’une très mauvaise presse auprès de tous les Français qui ne lui pardonnent toujours pas sa gouvernance qualifiée « en faveur des riches ». Ce n’est pas moi qui le dit, c’est le peuple de France. Il est fort improbable que la France moyenne et d’en bas vote pour lui, sauf en cas de duel face à Hollande. Scénario improbable également, car, sauf à être suicidaire (pour le PS) et irresponsable (pour Hollande), Hollande ne se représentera plus. Il connaît déjà le résultat. Il peut tester.

Le traumatisme est tel que, même s’il parvenait miraculeusement à redresser la barre pour le temps restant, c’est-à-dire, après le premier semestre 2014, car Ayrault nous dit que c’est seulement à ce moment-là que les premiers résultats de sa grande réforme fiscale seront connus, ce qui ne rompt pas avec la stratégie de la tortue – on continue donc comme avant : même lenteur, même personnel – si donc, par la grâce de Dieu ou par le coup de pouce de Lucifer, Hollande parvenait à ce miracle du redressement productif de la France, le trauma et le discrédit auront raison de lui au final. Cela a été le cas pour Nicolas Sarkozy. Sur un plan personnel, si le président NS se sert de la carrière de son épouse pour être sur les spotlights, c’est embêtant, très embêtant. Le Politique ne court pas après le spectacle musical et les artistes. C’est le contraire dont on rêve.

« Clémenceau était un esprit sain dans un corps sain », dit un Historien dans le documentaire. Il pratiquait des exercices de respiration et vivait près des courants de la mer qui lui apportait un air vivifiant ; les fleurs faisant le reste : la régénération, l’art et le beauté. Cet amour des fleurs, il le partageait avec son grand ami, l’illustre peintre des Nymphéas, Monet (Musée de l’orangeraie). A méditer. Clémenceau écrivait beaucoup. C’était un véritable Chef de guerre. Héros de la première guerre mondiale. Au moment de la victoire de la deuxième guerre, le Général de Gaulle est allé lui rendre compte sur sa tombe de Vendée, où il repose en toute simplicité, près de son père.

Venons-en aux deux émissions sur la foi.

 

Une païenne chez les Chrétiens. « La dépossession de soi est une libération »

La première portait sur l’immersion d’une journaliste dans la vie des religieuses d’un monastère de l’Isère pendant 21 jours pour éprouver la foi des religieuses. Il y a eu des phrases fortes qui témoignent d’une véritable passion. L’une d’elles, de la bouche de la soeur mère dit « que la dépossession de soi est une libération ». Quand on dit que la « discrétion » est une « disparition (France 2), que dire alors de « la dépossession de soi » ? On a beaucoup parlé d’amour et de silence dans cette immersion. Effectivement, le silence y est royal ; le temps semble suspendu « Oh temps, suspends ton vol » prend tout son sens. Dans une société où le temps c’est de l’argent, où ce temps nous est compté, le voir démonétisé et rendu à son Néant par le silence a perturbé la journaliste tout autant que l’amour de Jésus que chaque soeur exprime et vit presque religieusement. « Le doute fait partie de la foi », répond une soeur à qui on demande s’il ne lui arrive pas de douter. Une autre a fait l’expérience d’un flot de sentiments qui l’ont submergée et l’ont littéralement transfigurée, si je peux le dire, puisqu’elle est partie d’une vie de punk assumée avec tous les abus associés : alcool, drogues, sexe et autodestruction à ce renoncement total qui a eu un effet quasi purificateur. Elle rayonne de vie et de bonheur. Une autre soeur a quitté un amoureux pour Jésus. Celui-ci ne s’est pas remarié et ils continuent de se voir.

Comment fait-on pour aimer ce qu’on ne voit pas ? Cette question va être posée de manière radicale dans l’autre reportage où le prêtre fait son coming out.

Le reportage de l’immersion dans le couvent de l’Isère se termine avec le service presse du monastère où on voit que la soeur qui gère tout cela est plus dans la politique que dans le religieux. Sa sélection est sans équivoque là dessus. Déjà, je me suis posée la question : l’église est-elle plus politique que militante ?

Sur la forme de l’émission, une gêne quand même. Une triple gêne : la tenue de la journaliste totalement désaccordée, limite trash dans ce milieu féminin et raffiné. Le coup de la cigarette qu’on fume, un peu comme si on venait salir ce lieu sacré ; le profaner. Et alors, le dispositif d’accueil et de départ, façon institutrice qui fait cours aux autres était malséant. Le rapport de dominant à dominé n’est pas un rapport religieux ; toute posture qui reconduit cela est hors cadre. Idem, l’église n’est pas asexuée, ainsi que la tenue unisexe, garçon branché de la journaliste le laissait penser, avec une note de mépris des conventions du lieu et des us. Limite manque de politesse. Le pire c’est le manque d’humilité de la journaliste dans son langage trop directif et son phrasé. On va le lui faire comprendre, lors des répétitions où on lui demande de « parler trois fois plus lentement ». Mais, elle a eu le courage de passer cela et c’est honnête de sa part ou inconscient. A-t-elle compris le subtilité du message de douceur et d’amour où la parole se susurre, se murmure, se fait discrète jusqu’à sa disparition dans le silence prolongé qui devient parole intérieure ? La journaliste a une réaction opposée à ce message : elle dit qu’elle ne pense plus à rien, avec ce silence. Pourtant elle entend plus. Si on entend, on pense. Forcément. Ne serait-ce qu’à ce qu’on a entendu.

Le générique de fin ressemble étrangement à la musique de « j’irai dormir chez vous ce soir » sur la 5. Coïncidence ou même producteur ?

Les religieuses ont montré encore une fois, qu’il n’y a pas d’amour, mais des gestes d’amour. L’abandon de soi, sans condition en est un. La façon de se rapprocher de son amour est une autre preuve. La propreté impeccable de la tenue immaculée rappelle  la conception du Christ. Je t’aime depuis ta conception, est le message d’amour divin par excellence où il est dit que « Dieu nous a choisis avant même que nous soyions nés, dès notre conception ». Cette foi aveugle est chevillée au corps des Chrétiens.

 

L’Eglise face au Célibat. Le Seigneur reconnaîtra les Siens.

C’était l’autre documentaire qui a suivi. Un prêtre avoue son amour pour une femme avec laquelle il partage une passion depuis bientôt 2 ans. Il ne veut plus être caché et mener une double vie et ouvre le débat que le Vatican interdit aux Evêques. Au fait, pourquoi les prêtres ne se marient-ils pas ? Est-ce une prescription doctrinaire ? Non, répond un Historien. Il s’agit d’un principe disciplinaire, sans plus. En fait, avant le 9ème-10ème siècle, les prêtres se mariaient. C’est avec la vie de débauche des Papes que l’Eglise a été amenée à interdire le rapprochement avec les femmes, considérées comme la tentation et à instaurer le célibat.

Ce faisant, la chose était cohérente avec l’idée du Prêtre qui se fait Christ et se doit d’imiter son modèle, pour mériter de donner l’eucharistie, car, par identification, le prêtre est le Christ à ce moment-là. Ce qui donne du sens et rappelle le sacré de l’acte. En quoi un prêtre marié serait-il souillé ? C’est la question du Da Vinci Code. Jésus avait-il une Maîtresse, Marie Madeleine, dont les supputations nombreuses font état – en se basant sur le tableau de la Cène ? Arte a diffusé un documentaire ce week-end – samedi je crois – sur Léonard de Vinci, un Léonard de Vinci qu’on découvre dyslexique dans le documentaire. Un Historien Italien, qui s’est spécialisé dans la reproduction des créations de Léonard de Vinci atteste que la thèse du Da Vinci Code est fausse. Revoir sur Arte, pour ceux que cela intéresse.

Un prêtre marié ? Le porte parole de la conférence des Evêques répond « Non, cela ne se peut pas ». Le renvoi est immédiat. Une fois qu’on a dit cela et fait preuve de probité, il reste le problème humain grave et terrible : l’Eglise ne cotise pas au régime du chômage. Par conséquent, les prêtres qui font leur coming out courent le risque d’être au chômage sans indemnités. Travail pour le gouvernement qui devrait demander à ‘Eglise de cotiser, à cet effet, car à présent que la boîte de Pandore est ouverte, l’effet boule de  neige n’est pas à exclure. Quoi qu’il en soit, ce prêtre soulève beaucoup de questions en suspens dans l’Eglise dans son rapport au Monde. Bienvenue au monde de la vérité. Il le dit très bien : plus que les relations sexuelles, les relations affectives font partie de l’équilibre de tout être humain.

C’est vrai que la phrase du prêtre Sébastien qui reçoit l’ordination au cours de l’émission appelle également une réflexion : en devenant prêtre, on n’est plus dans le Monde – « Matériel » je suppose. On se transfigure. C’est bien dit. Mais, c’est après que cela se complique. Combien de temps on résiste à la Chair ?

A partir de là, s’est posée la question cruciale de l’isolement des prêtres. Avant, nous dit l’historien, la communauté tournait autour du prêtre et on l’invitait dans les familles. Aujourd’hui, c’est le prêtre qui tourne autour de la communauté, sans succès d’ailleurs, l’individualisme et l’athéisme matérialiste et consumériste étant triomphants. Du coup, le prêtre se retranche  dans son Eglise. Seul. La situation n’est pas tenable. Bien entendu, la solitude n’explique  ni ne justifie les crimes pédophiles. Lorsque l’Eglise est au courant de la double vie de son prêtre, elle ferme les yeux, si ce dernier consent à rester discret. Le reportage montre un prêtre qui a dû attendre l’âge de la retraite pour faire son coming out et il va se marier avec celle qui partage sa vie depuis bientôt 40 ans, en cachette.

Pas étonnant que devant tant d’hypocrisie et d’ambiguités voire même de dictature initiale qui fait payer aux prêtres les frasques sexuelles des Papes, les vocations se font rares. Sans le célibat, dit quelqu’un dans le reportage,  il y aurait plus de vocations.

Je conclus. En Afrique, cela fait depuis les années 70, lorsque j’étais au Lycée – niveau Collège, qu’on sait que les prêtres ont des copines et des enfants comme tous les autres hommes. Certains avaient même la réputation de play boy/coureurs de jupons. Tout le monde le sait, tout le monde connaît les enfants. Reste un problème majeur : peut-on aller se confesser auprès d’un tel prêtre ? Dès lors que le prêtre est avec vous et vit comme vous, le mystère s’écroule : vous ne pouvez plus vous confesser auprès de lui.

L’Eglise Protestante a résolu cela à sa manière. Il n’en demeure pas que c’est une vraie question que la confession et l’absolution des pêchés qui ne peuvent rester secrets que si le prêtre ne partage pas la même quotidienneté que celui qui se confesse et vit lui-même dans le secret de l’Eglise. Un peu comme dans ses entrailles d’où il emportera tous les secrets des fautes humaines à lui confier.

Question : Est-ce une tâche humaine ? En confiant des tâches surhumaines à des humains, quel est le taux de réussite ?

Dans l’immersion dans un Monastère de l’Isère, reportage précédent – je n’ai pas noté les noms, je m’en excuse auprès des acteurs – une religieuse répond à la question du manque des vocations que « Jésus a dit  vous êtes le sel de la terre ». Pour elle, en ce moment, il y a probablement trop de monastères et donc trop de farine. Le sel, c’est du grain, c’est très peu. C’était sa façon de dire que le manque de vocations est peut-être un mal pour un plus grand bien, car seuls les purs resteront. Le Seigneur reconnaîtra donc les siens. Alleluiah !

Si on suit ce raisonnement jusqu’au bout, alors, il faut d’ores et déjà prévoir des arrivées à Pôle Emploi de prêtres licenciés sans solde. L’enfer après la chute du paradis. Cela ne devrait pas manquer de sel.

Lire dans le Monde. Pédophilie : le Vatican refuse de communiquer ses information à l’ONU. http://fr.news.yahoo.com/p%C3%A9dophilie-vatican-refuse-communiquer-information-%C3%A0-l-39-032019542.html

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