Cameroun. Les 24 premiers mois (Octobre 2011 – Octobre 2013) du septennat de Paul Biya. Bilan.

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Nouvelles du Cameroun. Source Infos Cameroun. Infos.cm

Où en est le Cameroun aujourd’hui ? Le point par Infos.cm

Infos.cm. « Le chef de l’Etat a promis la réforme du système électoral, d’Elecam, la lutte contre la corruption, des logements sociaux, la croissance économique, un meilleur accès aux soins de santé, la professionnalisation de l’éducation… Esquisse de bilan.

Corruption : L’hydre enfle sur l’inefficacité

Le dernier baromètre de Transparency International indique que 50% de Camerounais jugent le gouvernement inefficace dans la lutte contre ce fléau.

La corruption est l’un des thèmes favoris des discours du chef de l’Etat. Il en a à nouveau fait allusion dans son discours d’investiture devant les députés le 3 novembre 2011, promettant plus de fermeté dans la lutte contre ce fléau. «Mais je dois dire que les comportements individuels ne sont pas toujours en harmonie avec la solidarité qui devrait être la marque d’une société démocratique. Trop souvent, l’intérêt personnel prend le pas sur l’intérêt général. Cet état d’esprit est à l’origine de ces dérives sociales que sont la fraude, la corruption, voire la délinquance. Même si le chômage, la pauvreté et les inégalités peuvent expliquer en partie le déclin de la morale publique, nous devrons réagir avec encore plus de fermeté contre ces comportements délictueux (…). Nous nous devons en effet de continuer à bâtir une République exemplaire en luttant contre la corruption ». 24 mois après le début du septennat en cours, quels en sont les résultats ?

Corruption en hausse

Le dernier baromètre de la corruption de Transparency International au Cameroun (2013), qui présente l’opinion du public sur les niveaux de corruption dans leur pays et sur les efforts de leur gouvernement pour lutter contre ce fléau, dégage les conclusions suivantes: 46% de personnes pensent que le niveau de corruption au Cameroun a augmenté au cours des deux dernières années, tandis que 24% pensent qu’il est resté le même. La police est perçue comme étant l’institution la plus corrompue, suivie de la justice et de l’éducation. Toujours selon le rapport, un peu plus de 3 personnes sur 5 au Cameroun (soit 62%) ont dû payer des pots-de-vin pour être servies dans l’une des huit administrations suivantes, au cours des 12 mois ayant précédé l’enquête policé, système judiciaire/tribunaux, services en charge des impôts/taxes/fisc, système éducatif, services médicaux, les services d’enregistrement et de délivrance de permis (enregistre¬ment civil des naissances et des mariages, délivrance de licences et de permis, enregistrement des droits de propriété et des transferts de propriété), les services liés à la propriété (achat, vente, héritage, lo¬cation), et les services publics (télé¬phone, électricité, eau, etc.).

Pour 54% des personnes ayant payé des pots-de-vin, la corruption était le Seul moyen d’obtenir le service pour lequel elles ont dû payer. 37% ont payé pour accélérer des procédures, seuls 5% ont offert les pots-de-vin comme cadeau. Transparency International Cameroon en déduit que « la corruption revêt donc, dans une large majorité, un caractère coercitif, assimilable au racket ». Le rapport souligne en outre que près d’une personne sur deux (45%) n’étant pas disposée à dénoncer la corruption se justifie par la peur des représailles ou parce qu’elle estime que cela ne changera rien (42%). «Ceci témoigne, alerte le rapport de TI, du pessimisme des Camerounais qui sont 50% à penser que le gouvernement est inefficace dans la lutte contre la corruption au Cameroun».

Certes le rapport 2011 de la Commission nationale anticorruption publié en novembre 2012 met en exergue un déploiement sur le terrain dans le cadre de ses missions de prévention et de communication, d’investigation et de coopération. Mais aux yeux de bon nombre de Camerounais, tout ce déploiement manque d’efficacité.

Système électoral : Encore du chemin

Si la biométrie a été introduite, plusieurs observateurs demandent qu’elle couvre l’ensemble des opérations électorales.

Le système électoral camerounais est-il fiable ? Au regard du double scrutin du 30 septembre dernier, des acteurs de tout bord s’accordent à dire non. Lors du contentieux électoral, s’agissant des législatives, 42 recours ont été enrôlés à la Cour suprême. Ces recours ont été déposés non seulement par l’opposition, mais aussi par le Rdpc, le parti de Paul Biya, au pouvoir depuis 31 ans. Tous demandent en chœur l’annulation du scrutin pour des irrégularités aussi variées que la corruption, la fraude, l’achat des consciences, les charters électoraux, des procès-verbaux falsifiés, etc. La Cour suprême n’a pas donné de suite favorable à ces requêtes. Maurice Kamto, l’un des requérants, pense que seule l’histoire jugera ces décisions.

Et pourtant, il y, a seulement deux ans, Paul Biya, le président de la République, dans son discours d’investiture, promettait de perfectionner ce système. « Je tiens à réaffirmer ma volonté de perfectionner sans répit notre système électoral. En deux décennies, beaucoup a été fait pour la tenue d’élections libres, transparentes et régulières ; nul ne peut valablement douter de ce que ceux qui exercent le pouvoir au Cameroun tiennent leur légitimité du peuple souverain », disait-il le 3 novembre 2011 devant la représentation nationale.
«Biyamétrie»

Quelques mois avant, lors du congrès de son parti, le Rdpc, Paul Biya soulignait que le Cameroun ne lésine sur aucun moyen pour parfaire son système électoral. « Des missions ont été envoyées à l’extérieur afin que nous puissions nous inspirer d’expériences réussies dans d’autres pays. D’autre part, nous tiendrons compte, dans la mesure du possible, des suggestions qui nous sont faites pour que les futurs scrutins ne donnent plus lieu à contestation ».

Entre-temps, Elecam a introduit la biométrie et a décidé de la refonte du fichier électoral, question de le débarrasser des doublons et de tout autre manquement. Des milliards de FCFA ont été mobilisés. Un opérateur allemand a été choisi. Paul Biya a décidé de donner du temps à Elecam pour travailler sereinement. A cet effet, il a prorogé le mandat des députés et des conseillers municipaux d’un an. Elecam a fini par distribuer plus de 5 millions de cartes électorales biométriques. Au terme du scrutin, des observateurs internationaux ont dit avoir noté du progrès dans la qualité du scrutin. Mais des recommandations entendues, une est constante : la biométrie doit s’étendre sur l’ensemble des opérations électorales pour qu’elle cesse de s’appeler «biyamétrie». Paul Biya qui dit être ouvert aux suggestions pourra-t-il en tenir compte pour les scrutins de 2018?

Défis économiques : Promesses

Budget programme, grandes réalisations, nombre de chantiers annoncés par le chef de l’Etat demeurent dans les tiroirs, 24 mois après.

L’un des faits majeurs qui ont inauguré le second septennat de Paul Biya, entré en vigueur le 03 octobre 2012, c’était l’implémentation du budget-programme. Des experts et chroniqueurs en économie étaient montés au créneau pour enfourcher les trompettes ronflantes de l’ère nouvelle qu’inaugurait cette trouvaille. Dans les colonnes du journal L’Action, le Dr Ariel Ngnitedem, expert consultant en finances publiques et gestion budgétaire, expliquait alors que « la budgétisation par programmes consiste à arrêter les objectifs d’abord et à allouer les crédits ensuite. De sorte que chaque franc est attaché à un objectif à atteindre, mesurable à l’aide des indicateurs de performance ». La finalité de la dépense devient dès lors une exigence de la bonne gestion.

Dispose-t-on aujourd’hui des gages d’une « bonne gestion » des ressources allouées aux ministères, deux ans après l’investiture du chef de l’Etat dans son second septennat et dix mois après le vote du premier budget-programme? Pas très sûr ! A régime financier nouveau, comportements nouveaux : confrontés aux rigueurs de traçabilité imposées par cette gestion hyper-rationalisée, les ordonnateurs de dépenses publiques ont verrouillé les décaissements. Conséquence, la sous consommation du budget d’investissement public (Bip) est devenue un credo national. En termes de projections, le gouvernement du second septennat table sur l’émergence à l’horizon 2035. En clair, cela implique que le « bout du tunnel » demeure très long comparé aux pays à revenu modeste comme le Gabon qui mise sa une croissance en 2025, où aux pays récemment relativement instables à l’instar de la Côte d’Ivoire, qui devrait émerger d’ici 2020.

Le chef de l’Etat s’est rendu dans le Sud et à l’Est où il a posé les premières pierres pour la construction du port en eau profonde de Kribi, des barrages de Memve’ele, Mekin et Lom Pangar. Ces chantiers énergétiques semblent piétiner pour certains. Pourtant, l’émergence du pays est largement tributaire de leur bonne exécution. Le développement du tissu industriel, au moment où l’incertitude plane sur l’annonce du retrait de l’américain Aes du capital de la société Aes Sonel suscite des inquiétudes, est plombé par le déficit énergétique. Annoncé depuis plusieurs mois, la pose de la première pierre du second pont sur le Wouri, qui fait partie des grands chantiers d’infrastructures de communication annoncés, a été reportée à plusieurs reprises sans que l’on ait des explications. En attendant la matérialisation de ce chantier incertain, les embouteillages continuent d’engendrer d’énormes pertes dans le porte-feuille des opérateurs économiques. Les petites et moyennes entreprises (Pme) n’ont pas l’accès facile aux financements en dépit de la surliquidité des banques. La banque agricole annoncée en grandes pompes n’a pas vu le jour, bien que son directeur général soit déjà connu selon des sources crédibles.

Logements sociaux : Habitat de fortune

Le chef de l’Etat avait promis une réactivation de leur programme de construction, la place, des logements hors de prix.

Le projet de construction de 10 000 logements sociaux d’ici 2015 vise à commencer à solutionner le déficit de logement sociaux. Pendant au moins 20 as, les investissements dans le secteur de l’habitat social ont été gelés au Cameroun. Les effets désormais bien connus de ce choix politique ont été dévastateurs. En 2006, la demande de logements dans l’habitat social se situait à 180.254 pour Yaoundé, et à 171.885 pour Douala, mais croissait au rythme de 10 % par an. Une croissance galopante qui a porté ce déficit à un million de logements dès 2010. En 2013, les chiffres ne sont pas encore connus, mais le déficit se situerait déjà à 1,5 million de logements.

En fait, le programme gouvernemental de construction de 10.000 logements sociaux et d’aménagement de 50.000 parcelles constructibles est prévu pour s’exécuter dans les dix chefs-lieux de régions (4.500 logements à Yaoundé et Douala, 50 logements par ville pour les 8 autres chefs-lieux de région) six villes universitaires et industrielles (à raison de 50 logements par ville), ainsi que dans six chefs-lieux de département (50 logements par localité), soit dans 22 localités, Mais il se déploie en ce moment à Douala et Yaoundé. On parle aussi d’une convention signée entre le Crédit foncier du Cameroun et le Feicom, à l’initiative du ministère de l’Habitat et du Développement urbain, pour la construction de .cités municipales à travers tout le pays, via un fonds spécial de départ de 10 milliards FCFA.

Les projets sont nombreux. Mais le problème réside dans les délais de livraison, sans cesse repoussés. Les premiers logements étaient prévus pour être réceptionnés en mars 2011. Les causes du retard sont parfois dues à une coordination insuffisante. Un rapport dont s’est procuré Le Jour en juin dernier s’inquiétait ainsi de l’attitude laxiste des concessionnaires, Camwater et Aes Sonel, qui, à ce moment-là, tardaient à intégrer le programme gouvernemental dans leurs plans d’action. Les retards étaient aussi dus au fait que les financements prévus par l’Etat tombaient au compte-gouttes. On déplorait également la lourdeur et la complexité de certaines procédures.

Dans son discours d’investiture à l’Assemblée nationale le 3 novembre 2011, Paul Biya hissait la question du logement de ses concitoyens au sommet de ses priorités: « L’habitat demeure la priorité de notre action, disait-il. Le programme de construction de 10.000 logements sociaux sera réactivé, en concertation avec le secteur privé et les autres partenaires nationaux et internationaux ». Deux ans après cet engagement, en lieu .et place d’une réactivation du programme gouvernemental, les Camerounais doivent se contenter d’une livraison de logements au compte-gouttes ».

Source. Infos.cm En savoir plus sur le Cameroun, suivez le lien.

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