Chers Présidents Africains, lorsque vous dînerez en Décembre à Paris au Palais de l’Elysée, pensez à vos ENFANTS abandonnés ici dans l’errance de l’immigration.

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Le Marché de la poésie qui se clôture aujourd’hui est l’occasion de revenir sur le destin de l’Afrique et de ses enfants en double exil, exilé du continent Africain et du continent Européen. Césaire a pourtant laissé un héritage pamphlétaire en guise de Feuille de Route. Pourtant, l’Afrique tourne en rond. Incapable de se penser un Futur à la dimension de sa richesse et de son potentiel. Pire, les nouveaux dirigeants reconduisent la figure du tirailleur venu aider la France à se sauver durant les guerres mondiales. D’où la guerre en Lybie et au Mali. D’où la déchirure de la Côte d’Ivoire.

L’Afrique est venue à Césaire par Senghor et Birago Diop, en premier lieu. C’était une évidence. En tant que Martiniquais, Senghor ne connaissait pas l’Afrique ; il la découvre en France : le point de ralliement des DOM-TOM et de l’Afrique. Curieux dessin.

A travers son combat pour la Négritude et en faveur de la Libération des peuples, Senghor et Birago et d’autres dirigeants de leur trempe – peu nombreux en Afrique – ont magnifié l’Afrique en lui restituant son âme fondatrice, perdue avec le colonialisme. Ce sont des Fondateurs, dignes représentants d’une Afrique prometteuse des années 60.

Ils ont refixé l’axe d’orientation de l’Afrique et redonné de l’espoir aux peuples. Il lui ont donné un cap.

Je me souviens, en 1970, on récitait, lisait et chantait Césaire. On buvait son «Cahier d’un retour au pays Natal» comme les jeunes d’aujourd’hui boivent l’alcool et on se shootait à ses paroles, comme les jeunes fument de l’herbe et sniffent la poudre blanche aujourd’hui et le « retour aux sources » était la Voie du Salut pour l’Afrique. Faits relatés ici.  On me dira l’époque change ; il faut l’accepter.

De l’Outre-Tombe, le Poète répond invariablement :

Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.

Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.

Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde.

Pour son malheur, les tirailleurs africains qui ont succédé aux pères fondateurs de l’Afrique et à leur esprit frondeur ont été indignes de la succession ; indignes du bâton de Commandeur qui leur a été transmis : ils ont reinstallé l’Afrique en soumission. L’Afrique de nouveau trahie par ses leaders et ses enfants, abandonnés et jetés en errance dans une immigration en Occident, sur lesquels s’applique impitoyablement la loi de la Jungle. Vilipendés, stigmatisés, accusés de tous les maux, discriminés, rejetés, honnis, instrumentalisés par des candidats en mal de candidature pour booster un destin national ; pauvres immigrés, pauvres tirailleurs africains qui dirigent l’Afrique, à la solde de leurs « soi-disant » Maîtres. Toujours à la solde. Le regard toujours tourné vers l’Europe, l’Amérique, les anciens « Maîtres à fouet ». Ces tirailleurs qui viennent encore recevoir leurs ordres à Paris, l’argent de Washington, le projet de société de Paris, la réflexion ?

Nkwame Nkrumah, père fondateur du Ghana post-colonial a indiqué la Voie, le Panafricanisme. Kadhafi était sur cette voie.

On peut critiquer. Sauf que ce que Kadhafi  a fait pour l’Unité – à défaut d’Union – de l’Afrique, aucun Chef d’Etat d’Afrique Noire n’en a ni la volonté ni les moyens, ni la vision, ni même le souffle. Bons à critiquer le colonel, en accord avec leur « soi-disant Maître ». Nuls a faire et à concevoir un projet authentiquement Africain, à travailler ensemble entre dirigeants africains à de grands projets, à bâtir le continent. Ils manquent d’envergure et de stature continentale.

L’Afrique doit replonger dans ses « visions profondes », dans ses racines profondes pour se ressourcer et créer sa propre voie. C’est ainsi que l’Asie est parvenue au sommet en l’espace de 30 ans. Elle s’est souvenue de qui elle était, de ce qu’elle a été et de son Essence première, primaire et primitive. Là est le sens caché des choses. L’Asie s’est souvenue de s’entendre et de se reconcilier avec elle-même avant d’aller voir Ailleurs.

En ce moment où même le « Maitre des tirailleurs africains » a trouvé un modèle de société au monde à imiter : le Japon, l’Afrique doit regarder au modèle Chinois et Coréen et au modèle de l’Amérique Centrale qui sont plus proches de son âme et de ses vibrations. Là est l’autre sens caché des choses. Surtout ne pas aller à la compilation non autorisée,  comme vient de le faire une musicienne recopiant « La Déclaration » de France Gall sans même lui en parler, ni prendre la peine de lui demander une autorisation. Et la tricherie, la recopie, la piraterie officielles passent devant les médias condescendants et une Justice passive au point qu’on se demande si on est dans un Etat de Droit et, s’il y a, dans ce pays France, non seulement un Ministre de la Culture, un Ministre de la Justice non gaie, s’il y a un Premier Ministre. Qui pour interdire la piraterie de grande échelle et industrielle ? Qui pour la sanctionner ? Personne. C’est électoralement marqué du sceau de la corruption. Et avec cela, on s’étonne que la médiocrité se soit installée au centre de la vie publique, avec la promotion des faux et des approximations dont on sait d’avance qu’ils vont caler sur la distance, s’ils ne trichent pas. Pendant ce temps-là, de vrais talents se meurent en banlieues, faute de pistons et d’opportunités : horizons bouchés par une société cloisonnée et hermétique.

La clé explicative de Césaire. « Car enfin, il faut en prendre son parti et se dire une fois pour toutes, que la bourgeoisie est condamnée à être chaque jour plus hargneuse, plus ouvertement féroce, plus dénuée de pudeur, plus sommairement barbare ; que c’est une loi implacable que toute classe décadente se voit transformée en réceptacle où affluent toutes les eaux sales de l’histoire ; que c’est une loi universelle que toute classe, avant de disparaître, doit préalablement se déshonorer complètement, unilatéralement, et que c’est la tête enfouie dans le fumier que les sociétés moribondes poussent leur chant de cygne ».

Ainsi va la vie aujourd’hui : on vole les idées des autres sans même les citer, on les pille publiquement avec le salut des agents fielleux qui officient sur la place publique et détournent sans coup férir. C’est la loi du plus fort, qui recopie tout ce qu’il peut sans citer les auteurs, dès lors qu’ils peuvent les écraser par la puissance de l’argent et leur poids institutionnel. C’est ainsi que  Apple a été mis en difficulté par Samsung ; Apple qui criait au loup recopieur Asiatique.

Je vole, donc je suis. Je prends sans permission, donc je suis. Je m’approprie ce qui ne m’appartient pas, donc je suis. Et j’oublie volontairement de citer mes sources pour en tirer une gloire imméritée. Au diable le mérite, foutaises que cela.  Seule existe la capacité de s’organiser en force auto-proclamée et imposée comme légitime. Bilderberg par exemple qui vient de se réunir avec des oies qu’on croyait blanches comme neige et des canards glissants sur l’eau pour mieux dissimuler les traces de leurs pattes. Tel est le nouveau théorème qui remplace la désertion  actuelle du cogito dans les institutions qui, à force de pensée unique, ne pensent plus rien (clin d’oeil à Bayrou, l’auteur de la formule disant que « si nous pensons tous la même chose, alors nous ne pensons plus rien »).  

La France, en panne totale d’idées et en plein sectarisme doctrinaire va donc aller recopier ce que le Japon fait depuis moins d’un an. Il est une chose avec le dogmatisme socialiste, c’est la dérive aveuglante vers l’autosuffisance qui conduit à se déconnecter encore plus du terreau nourricier. L’Europe, l’Opposition, la société civile, les jeunes, les libres penseurs donnent des idées à la France. Le FMI, l’OCDE également. Mais, il faut courir au Japon, qui, il y a 30 ans était derrière la France et vient de passer une décennie dans le rouge.

C’est pourtant cette France- là en panne que les tirailleurs africains viennent consulter. Oracle.

Il a fallu la volonté d’un homme, Abe, le nouveau premier ministre, au bout d’une succession vertigineuse de premiers ministres au Japon, démissionnant tous à la suite de scandales personnels pour qu’un Homme se lève et dise STOP à l’hémorragie ! C’est d’abord une question de volonté qui doit inspirer les tirailleurs africains qui, au lieu de s’apitoyer sur leur sort et de pleurer sur une « Lybie qui va exploser » – ce que tout le monde savait déjà et était tu ou sur des Islamistes qui vont contaminer la région du Sahel, si Paris ne les aide pas, doivent regarder en eux et y puiser la force de se transcender et d’aller droit au but : à la construction des projets continentaux et à l’intégration de l’Union Africaine. Autrement dit, il faut tourner le regard de l’Afrique vers l’Afrique. C’était cela le nouveau credo de Khadafi qui lui a coûté d’ailleurs la Vie. Entendre les dirigeants d’Afrique Noire pour laquelle Kadhafi s’est sacrifié médire sur la mémoire du Guide et honorer ses Sacrificateurs occidentaux est au-delà du dicible. Si on ajoute à cette souillure du souvenir qui est une ingratitude mémorielle, la trahison d’origine consistant à prêter main forte aux liquidateurs du Guide, on se rémémore douloureusement que l’épisode esclavagiste a été possible justement parce que les pères africains ont vendu leurs enfants à la pègre esclavagiste et la Terre Africaine qui n’était pas encore un Etat aux colons.

Obama est une chance que l’Afrique doit savoir saisir. Là aussi c’est une clé et c’est un signe du destin que ce Président Américain soit aussi Noir.

La leçon de Césaire qui concerne tous les citoyens du Monde : la force vient et réside dans le Peuple, pas dans les organisations parasites, fussent-elles secrètes. Le Président Obama, en voyage en Israel a dit une chose similaire, exhortant les peuples Palestinien et Israélite à s’entendre. Il avait dit : « Ce sont les peuples plus encore que les politiciens qui sont les auteurs du changement ».

Voici un chant pour les Africanistes et les Africains et pour la Jeunesse qui n’a qu’un seul et unique projet : immigrer. Fausse route. Faux espoir.  Ce chant est tiré du « Cahier d’une retour au pays natal », car si le discours sur le colonialisme est un décret, le Cahier de retour au pays natal est un cahier des charges à apprendre par coeur : il se chante donc. C’est la meilleure façon de mémoriser. C’est pourquoi la messe originelle est en latin et chantée. Le chant est la parole de l’âme.

Césaire. « Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi, les cheveux dans le vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n’est pas en nous, mais au-dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l’audience comme la pénétrance d’une guêpe apocalyptique. Et la voix prononce que l’Europe nous a pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de pestilences,

car il n’est point vrai que l’oeuvre de l’homme est finie

que nous n’avons rien à faire au monde

qu’il suffit que nous nous mettions au pas du monde 

mais l’oeuvre du monde vient seulement de commencer

Et il reste à l’homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa ferveur

et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l’intelligence, de la force

et il est place pour nous au rendez-vous de la conquête et nous savons maintenant que le soleil tourne autour de notre terre éclairant la parcelle qu’a fixée notre volonté seule et que toute étoile chute de ciel en terre à notre commandement sans limite.

Césaire, Cahier, p. 57-58. Edition Présence Africaine. Collection Poésie.

Ces paroles s’adressent aux peuples du monde entier. Aux Nouveaux Citoyens du Monde et, à fortiori, à celui de France. Vouloir c’est déjà Pouvoir.

Je me souviens de Césaire disant je serais la Voix des Sans Voix.

Le Marché de la poésie

 

 

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